Récit

Suicide : pacifier la relation pour faire le deuil – 2/2

Comment trouver l’apaisement après le suicide d’un proche ? Voici le récit de l’expérience thérapeutique d’Emma dont le frère a mis fin à ses jours. 

La technique de pacification utilisée* l’a libérée du poids émotionnel qu’elle portait en elle et qui bloquait son processus de deuil.

Dès la première séance, lorsqu’Emma avait évoqué le suicide de son frère, elle avait eu les larmes aux yeux. Il était évident que ce sujet était chargé émotionnellement bien que ce soit une vieille histoire. En effet, Max avait mis fin à ses jours 17 ans plus tôt.

Une technique peu conventionnelle 

Après quelques séances consacrées à des problématiques plus urgentes, nous en venons à aborder ce deuil non fini. 

Je propose à Emma un exercice (peu conventionnel !) que j’utilise fréquemment avec de très bons résultats lorsqu’il s’agit de pacifier une relation avec un proche défunt. Cet exercice provient de la technique dénommée “pacification transgénérationnelle”.

Emma est partante ! Dans la première phase de l’exercice, elle s’adresse à Max comme s’il était présent en face d’elle. 

Je m’attendais à ce qu’elle exprime à nouveau le regret abordé lors de la première séance, à savoir le regret de ne pas lui avoir rendu visite et dit au revoir avant qu’il ne mette fin à ses jours.

Et ce n’est pas du tout ce qui se passe !

Emma formule ses reproches

Ce sont des reproches teintés de colère qui arrivent sur le devant de la scène. Emma reproche à son frère de ne pas lui avoir dit au revoir, de lui avoir caché son état dépressif, de lui avoir menti en démentant un projet de suicide. Elle égrène une longue liste de reproches concernant les erreurs qu’il a commises durant sa vie, comme de conduire sans permis ou d’inciter son fils à boire. 

Ce qui reste incompréhensible pour Emma, c’est le gâchis : “je suis sûre que tu avais toutes les cartes en main. Ce n’est pas le chemin que tu as choisi.”

Il explique son geste

Dans la deuxième phase de l’exercice, Emma prend la place de Max qui répond. Il avoue à quel point sa vie était insupportable : “cela ne pouvait plus continuer comme ça”. Il évoque une recherche désespérée d’amour : “je cherchais dans toutes les femmes quelqu’un qui m’aimerait inconditionnellement”. Et il reconnaît ses erreurs : “je n’ai pas toujours fait les bons choix”. Pour ce qui est des au revoir, il explique : “j’ai dit au revoir à maman, c’est tout ce que je pouvais faire”.

Puis, vient un moment encore plus émouvant : Emma et Max se disent tour à tour qu’ils s’aiment.

L’acceptation du suicide

Après l’exercice, lors du débrief, Emma est visiblement secouée d’avoir clairement ressenti la souffrance de son frère. Elle raconte : “c’était raide ; lorsque j’étais Max, je sentais que je ne vais pas y arriver”. 

En fin de compte, elle se sent soulagée d’avoir osé exprimer ses reproches. Elle arrive à une vision plus claire et une certaine acceptation du geste de son frère : “il se voyait victime, il pensait qu’il était mal aimé. Ce n’est pas vrai, il y avait plein de gens à l’enterrement. Il voyait la coupe à moitié vide ; c’est dommage. Mais c’est son libre arbitre, c’est le chemin qu’il a choisi”.

L’apaisement 

A la séance suivante, elle raconte que le lendemain de la séance de pacification, elle “était en apesanteur” (sic)… Et après une expression complémentaire de reproches, elle a trouvé l’apaisement.


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