Etiquette

deuil

Récit

Comment la parole l’a aidée à faire son deuil (3/3)

Que faire quand on ne parvient pas à faire le deuil d’un proche ? 

Voici le récit de Corinne qui a retrouvé la paix après des mois d’angoisses nocturnes. 

L’accompagnement thérapeutique, avec la technique de pacification transgénérationnelle, a permis de dissoudre les obstacles qui bloquaient le processus de deuil.

Lorsqu’elle arrive à sa première séance de thérapie (réalisée en visio), Corinne souffre d’angoisses : elle se réveille la nuit avec l’impression d’étouffer. 

Le principal sujet qui émerge est le décès de sa mère qui a eu lieu un an et demi plus tôt. 

Le plus difficile pour elle est de ne pas avoir pu être aux côtés de sa mère lorsque celle-ci est partie

(en raison des restrictions aux visites imposées lors de la crise du covid). 

Trop-plein émotionnel : tristesse, colère, culpabilité

En plus du chagrin d’avoir perdu sa mère dont elle était proche, Corinne est en colère vis-à-vis de l’institution qui venait d’accueillir sa mère et qu’elle accuse de ne pas s’en être occupée correctement. 

Mais elle est aussi en colère vis-à-vis d’elle-même : elle se reproche d’avoir abandonné sa mère, “d’avoir été un mouton” qui obéit et ne conteste pas les règles de visite : “on n’a pas eu conscience du désastre que cela allait provoquer. Une heure (de visite) par semaine, c’est inacceptable.”

En outre, elle ressent de la culpabilité de l’avoir mise dans une institution (après s’en être occupée elle-même) : “je n’y arrivais plus, j’ai craqué ; si je n’avais pas craqué, cela ne se serait pas passé comme ça.” Et elle se sent coupable d’être heureuse : “je n’ai pas le droit de me sentir bien ; c’est comme si j’abandonne encore ma mère”.

Libération émotionnelle et pacification transgénérationnelle

Comme première étape visant à la soulager, nous réalisons une première “vidange” de l’énergie émotionnelle bloquée. S’adressant au directeur de l’institution, Corinne exprime ce qu’elle a sur le cœur, l’insultant copieusement !

Puis nous utilisons une technique appelée la pacification transgénérationnelle qui a prouvé son efficacité pour apporter un apaisement dans le cas d’un deuil difficile. 

D’ailleurs, dès la deuxième séance qui a lieu une semaine plus tard, Corinne annonce que ses angoisses nocturnes ont disparu.

La parole au centre de la guérison

Dans cet exercice, elle s’adresse directement à sa mère comme si celle-ci était présente en face d’elle. Elle exprime ses regrets :

“je ne voulais pas te laisser, je suis désolée, on aurait dû s’imposer et aller te voir.

On n’y arrivait plus, mais c’était une mauvaise décision (…). On aurait voulu te tenir la main jusqu’au bout, comme tu as toujours été là pour nous (…)”.

Puis sa mère lui répond : “(…) C’est bien ce que vous avez fait (= s’occuper d’elle à la maison). C’était difficile et vous l’avez fait. C’est vrai que j’étais perdue les derniers jours (…).

Je sais bien que vous ne m’avez pas abandonnée (même si) j’étais toute seule (…)”.

Le processus de deuil peut suivre son cours 

Lorsque cet exercice s’achève, Corinne fait face à une forte réaction corporelle et je l’accompagne en lui indiquant comment la gérer.

Lors de la deuxième séance, elle raconte que, durant les trois jours suivant la première séance, elle a continué à « insulter le directeur ». Nous travaillons à nouveau sur sa colère et également sur sa culpabilité et sur l’impossibilité de tout contrôler. 

Par la suite, il n’a pas été nécessaire de revenir sur le sujet du deuil. Les séances ultérieures ont porté sur d’autres problématiques. Car la technique de pacification transgénérationnelle, combinée à la libération émotionnelle, a apporté un soulagement immédiat et a permis au processus de deuil de suivre son cours.


Naturellement ce récit est publié avec l’accord de la personne concernée.


Pour aller plus loin, vous pouvez lire : 

– l’article Deuil : apaiser la relation avec le défunt – 1/3” qui explique comment fonctionne la technique de pacification transgénérationnelle appliquée au deuil,

– le récit “Après une suicide : pacifier la relation avec le défunt – 2/3″

– la présentation générale de la technique de pacification transgénérationnelle

Récit

Après un suicide : pacifier la relation pour faire son deuil – 2/3

Comment trouver l’apaisement après le suicide d’un proche ? Voici le récit de l’expérience thérapeutique d’Emma dont le frère a mis fin à ses jours. 

La technique de pacification utilisée* l’a libérée du poids émotionnel qu’elle portait en elle et qui bloquait son processus de deuil.

Dès la première séance, lorsqu’Emma avait évoqué le suicide de son frère, elle avait eu les larmes aux yeux. Il était évident que ce sujet était chargé émotionnellement bien que ce soit une vieille histoire. En effet, Max avait mis fin à ses jours 17 ans plus tôt.

Une technique peu conventionnelle 

Après quelques séances consacrées à des problématiques plus urgentes, nous en venons à aborder ce deuil non fini. 

Je propose à Emma un exercice (peu conventionnel !) que j’utilise fréquemment avec de très bons résultats lorsqu’il s’agit de pacifier une relation avec un proche défunt. Cet exercice provient de la technique dénommée “pacification transgénérationnelle”.

Emma est partante ! Dans la première phase de l’exercice, elle s’adresse à Max comme s’il était présent en face d’elle. 

Je m’attendais à ce qu’elle exprime à nouveau le regret abordé lors de la première séance, à savoir le regret de ne pas lui avoir rendu visite et dit au revoir avant qu’il ne mette fin à ses jours.

Et ce n’est pas du tout ce qui se passe !

Emma formule ses reproches

Ce sont des reproches teintés de colère qui arrivent sur le devant de la scène. Emma reproche à son frère de ne pas lui avoir dit au revoir, de lui avoir caché son état dépressif, de lui avoir menti en démentant un projet de suicide. Elle égrène une longue liste de reproches concernant les erreurs qu’il a commises durant sa vie, comme de conduire sans permis ou d’inciter son fils à boire. 

Ce qui reste incompréhensible pour Emma, c’est le gâchis : “je suis sûre que tu avais toutes les cartes en main. Ce n’est pas le chemin que tu as choisi.”

Il explique son geste

Dans la deuxième phase de l’exercice, Emma prend la place de Max qui répond. Il avoue à quel point sa vie était insupportable : “cela ne pouvait plus continuer comme ça”. Il évoque une recherche désespérée d’amour : “je cherchais dans toutes les femmes quelqu’un qui m’aimerait inconditionnellement”. Et il reconnaît ses erreurs : “je n’ai pas toujours fait les bons choix”. Pour ce qui est des au revoir, il explique : “j’ai dit au revoir à maman, c’est tout ce que je pouvais faire”.

Puis, vient un moment encore plus émouvant : Emma et Max se disent tour à tour qu’ils s’aiment.

L’acceptation du suicide

Après l’exercice, lors du débrief, Emma est visiblement secouée d’avoir clairement ressenti la souffrance de son frère. Elle raconte : “c’était raide ; lorsque j’étais Max, je sentais que je ne vais pas y arriver”. 

En fin de compte, elle se sent soulagée d’avoir osé exprimer ses reproches. Elle arrive à une vision plus claire et une certaine acceptation du geste de son frère : “il se voyait victime, il pensait qu’il était mal aimé. Ce n’est pas vrai, il y avait plein de gens à l’enterrement. Il voyait la coupe à moitié vide ; c’est dommage. Mais c’est son libre arbitre, c’est le chemin qu’il a choisi”.

L’apaisement 

A la séance suivante, elle raconte que le lendemain de la séance de pacification, elle “était en apesanteur” (sic)… Et après une expression complémentaire de reproches, elle a trouvé l’apaisement.


Naturellement ce récit est publié avec l’accord de la personne concernée. Les prénoms sont fictifs pour préserver la confidentialité.


* Pour aller plus loin, vous pouvez lire  : 

Thérapie

Faciliter le deuil en faisant la paix avec le défunt – 1/3

Un de vos proches est décédé. Votre processus de deuil est bloqué car des nuages planent encore sur votre relation avec lui / elle, malgré son départ. 

Pour dissiper ces nuages et ainsi vous apaiser, une pacification est nécessaire. Et… c’est possible !

Nos relations avec nos proches ne baignent pas toujours dans l’harmonie… Quand ceux-ci sont vivants, nous pouvons espérer aplanir ces difficultés relationnelles. Mais que peut-on faire lorsqu’ils ne sont plus de ce monde ?  

Quand un proche décède, le deuil n’est pas synonyme d’oubli. De même que les bons souvenirs restent dans notre mémoire, les griefs aussi demeurent. 

Reproches et regrets…

Nous ruminons les reproches que nous aimerions adresser à ce défunt ; ces pensées négatives ‘stagnent’ en nous, et en quelque sorte ‘fermentent’ (pardonnez l’expression !). 

Il en est de même des regrets et des remords que nous nourrissons. Par exemple, lorsque nous regrettons notre absence auprès du défunt lors de sa fin de vie.

Sous le poids des séquelles 

Les reproches, comme les regrets, créent une ambiance pesante à l’intérieur de nous. 

A défaut de prendre cette problématique à bras le corps, ce poids ne va pas s’évanouir par enchantement. Bien au contraire, nous allons “traîner des casseroles” pendant des années. Et le processus de deuil ne peut pas suivre son cours naturel.

Première approche : la lettre au défunt 

On recommande souvent la rédaction d’une lettre adressée au proche décédé (puis brûlée). Elle permet de ‘dire’ tout ce qui a besoin d’être formulé, et elle apporte ainsi un certain soulagement. 

Pour autant, elle peut ne pas être suffisante pour parvenir à une pacification complète et au pardon.

Une technique efficace pour pacifier la relation avec un défunt

Pour ma part, je propose une technique dénommée la pacification transgénérationnelle.

Elle est en général utilisée pour pacifier les lignées de nos ancêtres (parents, grands-parents, et au-delà). Ancêtres vivants ou décédés. Elle a donc une ambition plus vaste. 

Mais elle peut aussi être utilisée en se focalisant sur une relation spécifique.

Un processus centré sur la parole 

Dans un premier temps, vous exprimez tout ce que vous avez sur le cœur en vous adressant à la personne disparue comme si elle était présente en face de vous. La formulation à voix haute renforce la dimension énergétique de l’expression (par rapport à la rédaction d’une lettre) ; donc elle est plus puissante.

Puis vous prenez la place du défunt qui, par votre bouche, répond. Il aborde les différents points que vous avez évoqués précédemment, et d’autres sujets éventuellement.

Une pacification en trois phases 

Première phase : à travers les explications données par le défunt, cet exercice vous permet de comprendre pourquoi il a pris les décisions ou a adopté le comportement que vous lui reprochez.

Ainsi, vous réalisez par exemple qu’il a simplement agi conformément à l’éducation qu’il a reçu, ou qu’il était ignorant des conséquences de ses décisions ou actes, ou qu’il n’avait pas les ressources intérieures pour faire autrement…

Cette première phase apporte, en elle-même, un apaisement.

Les motivations du défunt étant clarifiées, vous réalisez qu’il n’avait aucunement l’intention de vous nuire (c’est le cas le plus courant).

2. Ensuite, cet exercice permet au défunt d’exprimer des regrets. Il peut alors s’excuser et vous demander pardon.

3. Cet exercice offre enfin l’opportunité au défunt d’exprimer son amour pour vous et il est fréquent qu’il se dise fier de la personne que vous êtes.

Ce processus est à la fois puissant et extrêmement libérateur. 

Les nuages qui planaient au-dessus de votre relation se sont dissipés. Le processus naturel de deuil peut se poursuivre.


* Conseil de prudence : je vous recommande vivement de ne pas entreprendre un tel processus sans être accompagné.e par une personne soutenante et compétente à vos côtés, car cet exercice secoue fort sur le plan émotionnel… Vous risquez aussi d’être désarçonné.e par des informations inattendues qui pourraient émerger.


Pour en savoir plus, lisez :

  • le récit : « Comment la parole l’a aidée à faire son deuil (3/3) »