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Renoncer à avoir raison

Nous sommes très attachés à nos opinions et, pour les défendre, nous sommes prêts à nous disputer avec les autres. Pourquoi un tel comportement est-il si répandu ? Il suffirait que nous cessions de penser que nous avons raison pour insuffler de la paix dans nos relations. Et c’est à portée de la main !

Temps de lecture : 4 minutes

 « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ».

Ce proverbe est bien connu ; pourtant, à l’évidence, nous n’en avons pas intégré la sagesse.

Au fil de l’histoire, une multitude d’opinions qui semblaient incontestables ont été balayées. Par exemple, la certitude que « la terre est au centre de l’univers »…

En théorie, nous pouvons admettre que les idées auxquelles nous croyons dur comme fer se révèleront absurdes dans un siècle, ou dans 10 ans. Ou peut-être même dans quelques mois !

Cependant, cela ne nous empêche pas de continuer à nous battre au nom de ces opinions sous le prétexte que nous avons raison. Et à traiter d’imbéciles – dans le meilleur des cas ! – ceux qui ne partagent pas notre point de vue.

Des conflits d’opinions : partout et tout le temps !

Ce phénomène paradoxal existe dans tous les domaines de la vie, au plan individuel comme au plan collectif. Il est à l’origine de bien des conflits – et non des moindres, comme les guerres de religion ou les révolutions.

Il est aussi à l’origine des disputes interpersonnelles. Comme celles des couples qui se sont récemment entredéchirés en raison de leur opposition sur la fameuse question du vaccin.

Même scénario à l’intérieur de nous où des parts de nous, ayant des avis opposés, bataillent, et créent ce qu’on appelle un conflit intérieur.

Face à ce phénomène qui semble aussi universel qu’inexorable, deux questions se posent :

  • Les divergences d’opinion entraînent-elles nécessairement des conflits ?
  • Est-il possible de sortir de cet engrenage ?

Je vous invite à prendre quelques instants pour examiner cela.

Distinguer ‘avoir une opinion’ et ‘avoir raison’ 

Jusqu’ici, nous avons assimilé deux postures, et il est temps de les distinguer. Car c’est une chose d’avoir une opinion, cela en est une autre d’avoir raison

Si j’ai une opinion et que l’autre en a une différente, je peux accepter cette différence ; alors je l’écoute et nous pouvons en discuter en essayant de nous comprendre.

Par contre, si j’ai une opinion et en plus j’estime que j’ai raison, cela implique nécessairement que l’autre a tort si son opinion diffère de la mienne. Donc cela me met dans une posture de fermeture à ses arguments, de non écoute, et de supériorité. 

Contraction ou ouverture

Nous pouvons sentir physiquement / énergétiquement la contraction, le raidissement, la fermeture, le refus, qui se produisent au moment où nous passons de ‘j’ai une opinion’ à ‘j’ai raison’.

A l’inverse – et c’est sans doute plus facile à ressentir dans ce sens – on peut ressentir une détente, une ouverture qui arrive lorsqu’on décide de ne plus se battre pour une opinion, mais au contraire d’accepter que l’autre pense autrement.

On l’aura compris, c’est ‘avoir raison’ qui produit les conflits, tandis que ‘avoir une opinion’ est neutre de ce point de vue.

L’égo : s’opposer pour exister

Alors, s’il est tellement néfaste – et absurde comme nous l’avons vu plus haut – de prétendre avoir raison, pourquoi cette attitude est-elle aussi universelle ?

Parce que ‘avoir raison’ fait partie des mécanismes automatiques de l’égo. Autrement dit, si on n’y prête pas garde, on va automatiquement se positionner en mode « j’ai raison ».

L’égo se renforce chaque fois qu’il s’oppose aux autres.

L’égo, c’est-à-dire ce qui nous donne le sentiment d’exister en tant qu’entité séparée, a besoin de… séparation pour exister !  

Et cela prend un nombre infini de formes. Notamment l’opposition :

  • D’abord : MOI / MON opinion, versus l’autre / SON opinion.
  • Et ensuite : mon opinion qui est la bonne, versus l’opinion de l’autre qui n’est pas valable.  
Une simple pensée qui devient MON opinion

Le stade de ‘j’ai une opinion’ est déjà en lui-même un processus égotique (donc qui crée une séparation avec l’autre). Que se passe-t-il ?

Au départ il y a une pensée qui circule dans le champ de la conscience ; pensée dont le mental / l’égo s’empare, qu’il s’approprie comme si c’était la sienne. Il s’attache à cette idée, en même temps qu’à l’idée qu’il y a un individu – lui-même – qui possède cette pensée.

On peut parfaitement observer ce mécanisme et le déconstruire. En temps réel ou a posteriori. C’est ce qu’apporte la perspective de la thérapie non duelle.

Ce stade de l’opinion n’engendre pas en lui-même de conflit. Par contre, dès lors que l’attitude ‘j’ai raison’ s’y ajoute, le conflit n’est jamais très loin !

Repérer la posture ‘avoir raison’ pour qu’elle lâche

Or on a affaire à un engrenage qui s’enclenche très vite. Si l’on n’est pas conscient de ce qui se passe, on est embarqué dans cet automatisme inévitablement. D’où l’importance de prendre du recul et d’observer finement ce qui se déroule à l’intérieur de nous*.

Si l’on veut que la contraction ‘avoir raison’ se dissolve, il suffit d’observer le vécu intérieur* et de repérer ainsi quand elle s’active, en posant l’intention qu’elle lâche.

Quand cette posture ‘j’ai raison’ lâche, il y a une impression d’ouverture, de neutralité paisible qui s’installe.

Une impression de basculement dans quelque chose de plus spacieux, plus libre, fluide.

Rêvons un peu…

Cela peut paraître utopique d’imaginer un monde où plus personne ne se battrait sous prétexte d’avoir raison.

Un monde où on accepterait les divergences d’opinion comme une richesse. Où on tendrait vers la concertation et éventuellement la co-création, plutôt que vers l’affrontement. Où on dépasserait la loi des polarités pour activer une troisième dimension plus élevée.


* Je vous invite à télécharger l’e-book « Découvrir son vécu intérieur » ici.

A lire également sur ce thème : Vaccinés – non vaccinés : cohabiter en paix. Ces deux articles se complètent.

Crédit photo : Nick Fewings on Unsplash 

Thérapie non duelle

Nos problèmes sont facultatifs

Et si, au lieu de chercher à résoudre nos problèmes psychologiques, on les laissait simplement s’évanouir ! Comme des châteaux de cartes qui s’écroulent… C’est cela même que nous propose la thérapie non duelle. Illustration.

« C’est toujours la même chose et c’est vraiment énervant ! ». Francine sort d’une réunion de son association, furieuse. Quand elle a proposé le mois de mai comme date du prochain événement, la contradiction est arrivée tout de suite : « En mai il y a les ponts, il vaut mieux planifier cela en juin ». Point de vue qui l’a emporté.

C’est terriblement contrariant pour Francine qui a l’impression de se heurter à des personnes qui ne prennent pas en compte son avis. « Je n’ai pas le droit de ne pas être d’accord. »  Elle se plaint qu’on lui reproche de se mettre en colère. Finalement la résignation l’emporte : « Je n’ose plus m’exprimer car ce n’est pas accepté ».

Elle résume en deux phrases ses convictions : « je n’ai pas le droit à la parole », et « je ne suis pas écoutée ».

Des épisodes de ce type lui arrivent sans cesse. Et depuis longtemps. Cela remonte même à son enfance, elle le sait : « en tant qu’enfant, je n’avais pas le droit à la parole ; pendant les repas, nous devions rester en silence ». Elle est donc parfaitement consciente de l’origine de ce schéma de fonctionnement qu’on peut schématiser ainsi : l’impression que ‘je ne suis pas écoutée’ / suscitant la colère / qui à son tour induit une réaction de rébellion-conflit ou de mutisme / qui va provoquer des reproches de la part de son entourage / ce qui va renforcer la croyance de départ que ‘je ne suis pas écoutée’.

Et pourtant, malgré cette compréhension, Francine reste enfermée dans ce fonctionnement et le mal-être qu’il induit.

Pas d’égo sans problèmes

Si l’on regarde de plus près ce qui se passe, que peut-on voir ? D’abord il y a une divergence d’opinions. Francine voudrait qu’on retienne le mois de mai, d’autres préfèrent le mois de juin. Point final !

Une fois que ces avis ont été exprimés, s’enclenche tout un processus à l’intérieur de Francine. Un scénario est créé de toutes pièces sur la base d’interprétations. Le désaccord des autres et la décision prise sont interprétés par elle comme un refus de l’écouter, comme une privation de son droit à exprimer un avis différent.

Si l’on imagine qu’à la place de Francine, une autre personne ait formulé la même opinion dans cette même réunion, elle aurait donné une interprétation complètement différente de la situation. Mais il y aurait encore une interprétation !

Interpréter est un mécanisme fondamental dans le fonctionnement égotique. Or, interpréter c’est créer des problèmes (imaginer des scénarios qui ne nous conviennent pas, où selon nous quelque chose ne va pas).

Et l’égo adore créer des problèmes. On pourrait dire qu’il est très doué là-dedans (!), mais cela va bien au-delà : la production de problèmes est indissociable de l’égo. Autrement dit : pas d’égo sans problèmes.

Pas de problème sans égo 

La bonne nouvelle c’est que la réciproque est aussi vraie : pas de problème sans égo !

C’est précisément là que nous amène la thérapie non duelle, là où il n’y a pas d’égo et donc pas de problème. La situation est alors vue non pas depuis la perspective de l’égo mais depuis la perspective de ce qui est là lorsque l’égo n’est plus aux manettes. C’est-à-dire depuis ce qu’on peut appeler ‘la conscience’ (ou ‘ce que nous sommes vraiment’, ‘notre vraie nature’ ou ‘le Tout’…).

Depuis cette perspective-là, qu’est-ce qui apparaît ? La prise de recul permet de distinguer la situation qui nous semble ‘objective’ (et qui en fait ne l’est pas*) de ce qui est ‘rajouté’ dessus. Tout en voyant clairement les mécanismes égotiques et les ressorts de la création du problème.

Dans notre exemple, cela pourrait être :

  • le fait que l’égo est persuadé d’avoir raison,
  • ou qu’il a l’impression d’être victime des autres,
  • ou qu’il lui manque quelque chose (être écouté…) dont il a vraiment besoin, etc.
Dissoudre les ‘couches’ égotiques

Le problème est alors vu comme une construction mentale facultative. Comme un jeu de cartes. Sous l’effet de cette vision claire depuis la conscience – dans le cadre d’un accompagnement en thérapie non duelle – cette structure s’écroule et le problème s’évapore.

Une fois que les engrenages égotiques sont désamorcés, on constate que les réactions habituelles aux situations qui faisaient auparavant office de ‘déclencheur’ ont disparu. Confortable ! C’est un premier résultat qui est de nature psychologique.

Mais l’intention de l’approche non duelle va au-delà. La dissolution des ‘couches’ égotiques révèle ce que nous sommes vraiment. Elle permet de découvrir notre vraie nature, ‘d’être la conscience pure’. Là, tout est paisible, simple et fluide.


* Le fait que Francine perçoive la situation comme une divergence d’opinions résulte de ses propres croyances, de ses propres filtres de perception. De plus, la divergence des points de vue n’est pas étrangère aux postures intérieures de Francine. Donc il n’y a pas vraiment de réalité ‘objective’…

Pour en savoir plus : lire une présentation de la thérapie non duelle

Crédit photo : Photo by Sigmund on Unsplash